Coups de feu contre la gendarmerie de Chambly
N.R. | 11.12.2003
HIER MATIN, la façade de la gendarmerie de Chambly, avenue Aristide-Briand, avait des allures de caserne corse. Trois volets métalliques du rez-de-chaussée criblés de plombs de chasse et l'enseigne gendarmerie pulvérisée. Dans la nuit de mardi à mercredi, à 4 h 30 du matin, les gendarmes ont été réveillés brutalement par quatre détonations. Les militaires logés dans l'enceinte de la brigade ont été tirés de leur lit en quatrième vitesse. Ils ont alors découvert sur les volets les impacts d'une multitude de plombs. A quatre reprises, les malfaiteurs avaient fait feu avec ce qui semble être un fusil de chasse ou un fusil à pompe utilisant du gros plomb, en visant les bureaux certes déserts à cette heure matinale. Mais au premier et aux deuxièmes étages de ce bâtiment, dormaient des gendarmes et leur famille. Personne n'a été blessé. Mais cette fusillade a créé un vif émoi parmi les vingt et un gendarmes de la brigade et leurs proches. Il existe un véritable malaise dans le sud de l'Oise « C'est assez inquiétant, déclare le lieutenant Duhoux, à la compagnie de Chantilly. C'est la première fois que Chambly est visé de cette manière. » La brigade des recherches de Chantilly, qui a ouvert une enquête, ne privilégie aucune hypothèse. Les enquêteurs refusent même de voir un lien entre le caillassage de la gendarmerie de Méru, le week-end dernier, et cette nouvelle démonstration de violence. Pourtant, les méthodes employées et la proximité des deux gendarmeries y ramènent inévitablement. D'autres pistes sont explorées par les gendarmes enquêteurs. « Ces trois dernières semaines, la brigade a réussi des affaires judiciaires qui ont débouché sur plusieurs interpellations », indique le lieutenant. Inspirée par les événements de Méru, l'idée d'une vengeance pourrait alors avoir germé chez certains. Michel Françaix, député-maire de Chambly, qui s'est rendu au petit matin à la brigade par « solidarité », est persuadé que « cet épisode n'est qu'un ricochet. Il existe un véritable malaise dans le sud de l'Oise. Je ne voudrais pas que Chambly subisse le contrecoup de ce qui se passe à Méru ». L'élu socialiste a aussi ajouté au passage que « la visite de Nicolas Sarkozy (NDLR : lundi après-midi à Méru) était peut-être nécessaire, mais elle a exacerbé les tensions existantes ». Menaces de mort téléphoniques De son côté, le patron des gendarmes de l'Oise tente d'analyser les faits : « Je ne suis pas surpris que ce genre d'événements se produise à Chambly, après ceux de Méru. Cela aurait très bien pu survenir dans n'importe quelle brigade de gendarmerie du sud de l'Oise. Nous travaillons contre la délinquance et c'est logique que les délinquants profitent d'un incendie pour sévir », explique le lieutenant-colonel Lacoste, commandant du groupement de gendarmerie de l'Oise. Seulement cette nuit-là, les forces de l'ordre massées autour de Méru et Chambly offraient une cible vulnérable. Quant aux raisons des coups de feu, la prudence est de mise. « Chambly a certainement un lien d'opportunité avec Méru, mais il est trop tôt pour dire si ces faits ont un lien de causalité », déclare le colonel Lacoste. Depuis les échauffourées du week-end dans le quartier de la Nacre à Méru, les gendarmes ont vu la température monter. Un de leurs baromètres, les appels téléphoniques anonymes. « Nous sommes habitués aux canulars par téléphone. Mais depuis Méru, ces appels se sont amplifiés, on nous insulte, on profère des menaces de mort sur nous et nos familles », a révélé le colonel.
Le Parisien





